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Qui veut la peau de Dieudonné ?


Entretien avec Dieudonné par Silvia Cattori

Suite de l’entretien « Si vous aimez rire, « 1905 » est du délire »

3 juin 2005

Voir aussi l'article de Christian Cotten : Et Dieudonné dit au peuple élu : arrêtes tes conneries

 


Pourquoi devons-nous encore donner la parole à Dieudonné ? Ce n’est certainement pas par monomanie. Mais parce que, dès lors qu’une personne est victime d’un lynchage médiatique, il est urgent de réagir. Le cas de Dieudonné n’est pas isolé, loin de là. Mais son cas sonne le tocsin de nouvelles menaces : si nous n’y prenons pas garde, demain il sera trop tard. Alors que la défense des citoyens devrait être au cœur de la politique, il n’en est rien. L’Etat et les politiciens participent eux aussi de cette intolérance intellectuelle qui sévit en France. Or, quand les médias ou des groupes qui instrumentalisent une cause, se transforment en procureurs, ce sont les fondements d’une société démocratique qui sont ébranlés. Les affirmations de Proche-Orient Info - un site spécialisé dans des campagnes de calomnies et de dénigrement - auraient dû être considérées avec précaution par la classe politique. Une classe qui joue sur les ambigüités et se range de plus en plus souvent du côté des imposteurs. Ainsi à coups de campagnes épouvantail et de campagnes assassines, des centaines de personnes ont été, ces dernières années, exclues de la société. Une fois frappées par l’anathème, ces personnes, même si elles ont été cent fois innocentées par les tribunaux, n’en demeureront pas moins ruinées financièrement et moralement pour le restant de leurs jours. Dire d’une personne qu’elle est « antisémite », « néo nazie », « fasciste », « négationniste » - accusations sans fondement dans la grande majorité des cas – est une méthode totalitaire. Rien de moins.

Silvia Cattori.


S.C. Dieudonné, depuis notre premier entretien, en novembre 2004, un nouvel incident est survenu, qui vous a remis à la « Une » du feuilleton médiatique. Les reproches avancés n’ont-ils pas porté gravement atteinte à votre honneur, à votre aura d’artiste ? Dix sept procès…

Dieudonné : Dix huit.

S.C. N’êtes vous pas fatigué d’aller de procès en procès ? Dix-huit tribunaux en une année c’est beaucoup !

Dieudonné : Bien sûr, c’est énorme ! On préférerait passer son temps à autre chose. Mais il suffit de penser à Mandela, à Martin Luter King, à Djibaou, pour se dire, voilà, il y a des causes difficiles. Je ne pense pas que je verrai de mon vivant le résultat du travail fait pour parvenir à l’égalité des droits. J’y participe à mon humble niveau. Il n’y a rien de désespérant si on projette son action sur plusieurs générations. On se dit, bon, ça avance un petit peu. Quant aux faits que l’on me reproche, j’ai été relaxé dix sept fois.

S.C. Sur quelle base êtes-vous accusé ?

Dieudonné : On m’accuse d’avoir offensé la religion juive. Or ce n’est pas du tout un fait religieux que j’ai caricaturé lors de mon sketch en décembre 2003. J’ai caricaturé un fait politique.



S.C. N’êtes-vous pas excédé ?

Dieudonné : Il y a une telle violence en face, une telle haine ! Une telle férocité ! On m’a harcelé, frappé physiquement. A un moment donné on s’habitue à tout. Puis cela vous donne de l’énergie. On arrive à transformer cette énergie négative en positif, à se servir de toute cette folie, pour rentrer en soi et créer. Si j’ai écrit autant de spectacles en si peu de temps c’est sans doute en partie à cause de toute cette pression qui a pesé sur mes épaules. A un moment donné je dois passer à la phase de l’expression.
 

S.C. Qui sont les personnes qui font le plus peser cette pression ?

Dieudonné : Des représentants du CRIF, de l’UEJF. Et les journalistes qui travaillent dans la même optique qu’eux. Tout ce que vous dites est passé au crible, pour vérifier s’il y a un mot permettant de porter plainte contre vous.

S.C. Lors de votre présence à l’émission Infrarouge à la Télévision suisse romande, en février 2004, quelqu’un n’avait-il pas porté plainte contre vous ?

Dieudonné : Le tribunal de Genève, en Suisse, a rejeté la plainte qu’un certain Isaac Cohen avait déposée. Il alléguait, entre autre, que j’avais « accusé l’Etat juif d’avoir collaboré à un programme d’extermination raciale en Afrique du Sud ».

S.C. N’avez-vous pas prêté le flanc à la critique quand, à Alger, vous avez parlé de « pornographie mémorielle » ?

Dieudonné : Je crois qu’il n’y a rien d’extravaguant à dire que l’instrumentalisation politique de la souffrance est obscène. Sur le fond je trouve que c’est une belle formulation. On doit pouvoir parler de pornographie mémorielle quand il y a des abus. Ces termes ne sont pas de moi. S’ils provoquent des réactions contrastées, ouvrons le débat. Parlons de ce qui pose problème. Ne détournons pas les faits.

S.C. Pensez-vous avoir été l’objet d’un montage?

Dieudonné : Complètement. On m’a prêté des propos que je n’ai pas tenus. On a dit «Dieudonné a dit que la Shoah est une pornographie mémorielle ». Je n’ai jamais dit cela. Je n’ai jamais associé la Shoa à cette phrase. Ce à quoi je me référerais, n’avait évidemment rien à voir avec le passé. C’est insensé de vouloir me prêter des idées qui sont si éloignées de moi. Maintenant c’est à la justice de se prononcer.



S.C. Quel intérêt avait le site Proche-Orient info à diffuser une fausse information ? Miser sur l’effet ravageur que cela produirait, pour faire de l’humoriste qui dérange, le scandale de la République, le faire taire ?

Dieudonné : Je crois que c’était un projet de solution finale en ce qui concerne mon existence médiatique. Ils ne peuvent pas me faire taire. Je ne crains rien. Je subis ce chantage pour m’être opposé au lobby sioniste. Ils ont voulu me frapper professionnellement et financièrement. Nous avons porté plainte contre le site Proche Orient info. Je n’ai rien à me reprocher. Quand je regarde mes enfants je me sens bien avec moi. Vous me direz que c’est facile à dire puisque je peux les nourrir.

S.C. Pensez-vous vraiment pouvoir gagner la partie ?  

Dieudonné : J’irai jusqu’au bout de mon parcours d’humoriste. Si je dois m’arrêter à 40 ou 41 ans, ça aura déjà été un temps de pur plaisir. J’ai toujours fais mon métier sincèrement. Si je devais me plier ce ne serait plus le même travail. Faire rire de manière bêtement mécanique, non. J’aime qu’il y ait une réflexion dans l’humour. Sinon je ne m’y retrouve pas. Je crois que je continuerai tant que cela sera possible. J’adore la scène. Mais, s’il le faut, je suis capable de faire autre chose. Si je dois m’autocensurer, renoncer à ma liberté de pensée pour continuer d’exister comme humoriste, cela ne m’intéresse pas.

S.C. On vous sent serein, malgré tout. Mais êtes-vous conscient que vous êtes embarqué dans une guerre ?

Dieudonné : Oui c’est une guerre.

S.C. Ceux qui la mènent, veulent la gagner, ils y mettront les moyens.

Dieudonné : Oui, je sais.

S.C. Comment pouvez-vous supporter de vous voir constamment dénigré, traité de raciste, mois après mois, par des personnes publiques, comme BHL ou Alain Finkielkraut mais aussi des gens du spectacle ?

Dieudonné : Je suis vraiment pour eux le diable. Ils ont déclenché une guerre nucléaire contre un moucheron, un moustique. Qui peut piquer, mais bon, qui ne tue pas. Ils me font des procès, ils peuvent aller jusqu’à me frapper, ils peuvent me tuer financièrement. Là, ils sont au maximum de ce qu’ils peuvent faire. Pour faire plus, ils doivent passer à quelque chose qui n’est plus légal. Par chance je n’ai quasiment pas de besoins. J’ai un théâtre. Il tourne. Cette légèreté artisanale qui fait qu’on peut rebondir.

S.C. Dans « 1905 » vous dites « tôt ou tard ils vont me dégommer ». Vous le pensez sérieusement ?

Dieudonné : Je me dis qu’effectivement, face à toute cette haine, il peut y avoir un ou deux déséquilibrés qui…

S.C. N’avez pas peur de ce qui vous attend si vous tenez tête ?

Dieudonné : Non, je ne vis pas dans la peur. Mais on m’a déjà frappé, je sais ce que cela signifie. S’ils m’attaquent avec un couteau, cela peut être dangereux. Je m’attends au pire en toute sérénité. La peur est un sentiment qui est en chacun de nous. Il faut lui laisser une petite place. Mais pas la première place. Ce qu’il y a de plus difficile à assumer dans cette guerre, c’est que face à la haine on se trouve constamment pris dans le tourbillon de la défense. Je n’ai jamais répondu aux attaques. Sauf devant les tribunaux  et sur scène, où je fais rire de ce vécu.

S.C. Vous avez de l’audace. Une audace rare. Vous dites des choses qui ne sont pas visibles aux yeux de tous, mais qui deviennent immédiatement palpables une fois mises en scène.

Dieudonné : Je crois que c’est le rôle de l’humoriste. Je n’ai pas de regret par rapport à mon travail. Je l’ai fait honnêtement et sincèrement. Yo soy un hombre sincero. (rire)

S.C. Ne pensez-vous pas qu’au travers de cette controverse, vous avez ouvert un champ qui dépasse le cadre de la France ; et réussi à faire s’opérer une jonction entre beur, black, blanc. La couleur disparaît et le sentiment que dans la lutte face aux injustices, « on est tous des nègres » fini par prévaloir ? Aussi, le débat autour du film sur l'esclavage et la colonisation, que vous comptez réaliser, n’a-t-il pas éveillez les consciences de tous ceux qui sont sensibles à une mémoire coloniale mal assumée. Autrement dit, n’est-ce pas la voix de l’universalisme laïc que l’on veut étouffer ?

Dieudonné : Oui. Cette description me ressemble bien. Ma mère est blanche, mon père est noir. Je n’ai pas de religion. Je suis prédisposé peut être à l’universel de manière naturelle. Cela n’a pas été un problème pour moi d’envisager la fusion avec le reste de l’univers. Je conçois que, pour certains, c’est difficile de quitter le nid douillet du communautarisme. Ca fait peur. Mais c’est la préhistoire de l’humanité le communautarisme. C’est Néandertal et Cromagnon. Mais voilà, on a peut être une autre destinée que l’affrontement communautariste cyclique.

S.C. A côté des aspects pénibles n’y a-t-il pas eu des bonnes et belles surprises ?

Dieudonné : Ah ! Oui, il y a eu des choses formidables. Une chaîne de solidarité, d’amour même, que je ne pouvais même pas imaginer. C’est un bonheur de voir des familles entières qui disent vouloir me protéger.

S.C. Vous donnez à votre public des clés pour comprendre dans quelles intrigues le monde politico-médiatique évolue en France.

Dieudonné : Oui. C’est important de comprendre à quel point il y a de l’agressivité et de la haine chez ceux qui veulent dominer. De comprendre que le pouvoir rend fou. Que le pouvoir de l’argent, le pouvoir du monde de la nuit et du spectacle n’est pas quelque chose de brillant.

S.C. Quel est votre sentiment aujourd’hui ? Etes-vous détaché de cet univers du show-biz que vous avez côtoyé ?

Dieudonné : Je ne l’ai pas trop côtoyé.

S.C. Ce monde de la nuit et ne vous manque-t-il pas ?

Dieudonné : Non, non. Ce n’est pas mon univers. Je n’ai jamais habité Paris. J’ai fait trois ou quatre sorties, peut être un peu plus. Non ce monde de la nuit et du spectacle médiatique ne m’attire pas.

S.C. Si je comprends bien, vous vous mettez en danger à la façon d’un Don Quichotte.

Dieudonné : Oui, on commence à m’en parler. La liberté est aussi une histoire de mots, de dialectique. L’autodérision est bénéfique quand le doute s’installe. Un artiste doit pouvoir s’exprimer sans peur. Il y a un public face à lui qui s’interroge, qui a également besoin de cette liberté. Le rire est là pour le libérer de ce qui lui pèse. Je parle de ce rire sincère, qui peut déranger le pouvoir, mais qui est salutaire. Un artiste ne doit pas tricher, ne doit pas s’autocensurer. Si je devais faire de la politique je saurais m’adapter. Mais là je fais mon métier d’humoriste. Le rire a besoin de liberté.

S.C. Vous transmettez par l’humour des messages que les intellectuels, en France, semblent incapables de faire passer depuis belle lurette.

Dieudonné : L’idée qu’un clown, un humoriste noir, puisse ébranler ce pouvoir si écrasant qu’est le sionisme, un pouvoir qui a déjà généré tant d’injustices, n’est pas pour me déplaire.

S.C. La partie n’est pas jouée. Pour l’instant n’est-ce pas vous qui êtes ébranlé ?

Dieudonné : J’étais condamné de toute façon. Ma nature étant ce qu’elle est, je ne peux pas collaborer.

S.C. Qu’entendez-vous par « collaborer » ?

Dieudonné : Jouer les amuseurs d’Etat. Les amuseurs asservis au pouvoir.

S.C. Ne l’avez-vous pas fait du temps où vous vous exhibiez sur les plateaux de télévision ?

Dieudonné : Non, j’ai travaillé honnêtement. J’ai fait ce chemin en toute naïveté.

S.C. En toute naïveté ?

Dieudonné : Oui, en toute naïveté. Par mon parcours j’ai découvert… j’ai vu des choses, tout cela s’est recoupé et voilà, je suis dans la situation que vous savez. Et je ne m’en plain pas.

S.C. Donc aucune pression ne vous fera reculer ?

Dieudonné : Je crois que je peux continuer quoi qu’il arrive.

S.C. N’est-il pas troublant pour vous de découvrir que même les gens les mieux avertis n’ont pas compris que dans votre propos à Alger, vous ne faisiez pas référence au passé, mais à l’excès de commémorations ? N’est-ce pas la preuve que la manipulation de Proche Orient Info a bien fonctionné ?

Dieudonné : En France il y a un aveuglement autour de l’accusation d’antisémitisme. On diffame des gens avec une facilité déconcertante.

S.C. Ces avanies ne vous ont-elles pas révélé votre capacité à endurer mais aussi à rebondir ?

Dieudonné : Ma nature, encore une fois, ce n’est pas de résister, de rendre les coups. Quand je m’investis pour une idée, je le vis comme une libération. Cette expérience me libère de chaînes, de leurres, et l’agressivité de ceux qui veulent me faire taire n’y changera rien. Cela peut paraître étrange. On me frappe. Dans un premier temps j’ai envie de rendre les coups. Mais je ne les rends pas. On me frappe encore et là je ne sens quasiment plus rien. C’est comme si cela ne me concernait plus. Je me sens un peu spectateur et j’ai un peu pitié de ceux qui m’en veulent.

S.C. C’est une belle posture, mais vous n’allez pas faire une carrière avec ça !

Dieudonné : Quelle carrière devrais-je faire ? Celle de qui ?

S.C. Celle de tous les autres humoristes, comme Djamel ou Seimoun ?

Dieudonné : Je ne voudrais pas. Je les trouve formidables. Mais je n’ai pas le courage de me compromettre jusque là. Je n’ai pas cette force.

S.C. Parce qu’il faut se compromettre ?

Dieudonné : Oui.

S.C. Quand vous voyez des choses que vous n’aimez pas cela vous attriste-t-il ?

Dieudonné : Je ne suis pas de nature triste. Mon entourage vous dirait que je ne suis pas triste. Mais je peux souffrir, être attristé, comme tout le monde.

S.C. Pleurez-vous parfois ?

Dieudonné : Oh ! Je pleure comme tout le monde. Je pleure de temps en temps. Je pleure seul. Cela fait du bien. Quand les gens m’aiment c’est plutôt là que les larmes viennent. Pas quand on me blesse.

S.C. Avec vos spectacles vous devez avoir de nombreuses occasions de vous émouvoir. Il y a beaucoup d’amour dans le public.

Dieudonné : Oui, c’est vrai. Quand les gens sont sincères cela me touche.


Fin de l’entretien enregistré le 12 mai 2005 à Paris.



Voir la première partie « Si vous aimer rire, « 1905 » c'est du délire » ou sur le site www.lesogres.org

Voir aussi l'article de Christian Cotten : Et Dieudonné dit au peuple élu : arrêtes tes conneries


Silvia Cattori - de nationalité Suisse et de langue maternelle italienne – a fait des études de journalisme à l’Université de Fribourg, avant s’expatrier et d’évoluer dans le monde des fonctionnaires internationaux et de la diplomatie. Elle a essentiellement travaillé comme journaliste indépendante et sous divers pseudonymes. Elle se consacrait depuis quelques années à des activités littéraires quand, en 2002, lors de l’effroyable opération israélienne « Boucliers de protection », elle a décidé d’aller en Palestine. Choquée par ce qu’elle y a découvert, elle se consacre depuis, à attirer l’attention du monde sur la gravité des violations commises par l’Etat d’Israël contre une population sans défense.

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Source : Silvia Cattori

 

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